LECTURE : LES FILS CONDUCTEURS, GUILLAUME POIX, VERTICALES, 2017.

Théâtre ou roman ? Un sens certain de la mise en scène, l’action est habilement amenée, avec des angles d’approche indirects : contexte, situation, éveil de l’intérêt, la temporalité est située en passant, un personnage apparaît, on progresse facilement d’étape en étape vers la construction de l’intrigue. La langue est vive, précise, mais sans personnalité, dans le sens où elle emprunte à divers registres ou sociolectes, mais ne noue pas de lien spécifique avec le réel, n’a pas de forme propre qui permette d’approcher le monde de façon nouvelle ou originale.

On peut aimer, cependant : c’est rapide et intelligent, adroitement conçu, et le sujet a l’air intéressant (j’écris ceci à partir des premières pages, car néanmoins je n’ai pas eu envie de continuer). On peut trouver aussi que ça manque de finesse et de substance, en termes d’écriture poétique mais aussi de fiction : les personnages ainsi conçus, n’ayant pas la chair de comédiens pour s’incarner, manquent de texture psychologique, de capacité à entrer en relation avec le lecteur (ou vice-versa).

On ne s’attache pas à eux, on ne s’imprègne pas de l’univers fictionnel : on peut observer en spectateur et l’action  dramatique et la construction du récit, mais un lecteur  (heureux) est plutôt acteur du texte littéraire, celui qui en actualisant un langage imaginant fait de son for intérieur et la scène et la matière de tout ce qui a lieu dans l’œuvre. Autrement dit, le lecteur est, dans le moment de sa lecture, chaque mot et chaque personnage, le lecteur ressent intérieurement toutes les évocations du texte (toutes celles qu’il actualise, en admettant qu’il n’existe pas de lecture totale ; mais celles qu’il n’actualise pas n’existent pas pour lui, ce qui n’est pas la même chose que d’exister extérieurement).

J’ai donc vraiment l’impression d’un roman de dramaturge, un peu raté en tant que roman, sachant qu’ayant pour ma part commencé par la poésie, j’aime peut-être davantage les romans de poètes, dont rien ne dit qu’ils soient dans l’absolu plus réussis (on peut s’ennuyer en lisant Julien Gracq).

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