LECTURE : UN CERTAIN PAUL DARRIGRAND, PHILIPPE BESSON, JULLIARD, 2018.

L’impression d’un entre-soi tautologique : je suis écrivain parce que vous me regardez, vous me regardez parce que je suis écrivain. Nous apprécions chacun la délicatesse de cette relation plumitive. La confiance absolue que ce sera intéressant pour seul élan narratif. Comme j’ai déjà parlé de moi dans plusieurs livres, ce que j’ai à dire là vaut bien matière à celui-ci. Pourquoi se poser ce genre de question vulgaire ? La littérature ne sert à rien, voyons, mais elle contient tout. Vous êtes, vous-même, exceptionnel, d’apprécier lire une histoire qui n’a pas d’intérêt. Votre esprit d’autant plus élevé qu’il se contente ainsi du vide.

On procédera par courts paragraphes, chacun une unité factuelle, comme du journalisme élégant. Leur succession aura la légèreté d’une conversation, sans la variété du dialogue : se répondant à soi-même, sans avancer trop vite, avec naturel, on donne bien l’impression d’aller quelque part, mais au rythme d’une promenade digestive. Le lien logique de l’un à l’autre, c’est « après, il m’arrive ceci, à moi qui suis si intéressant » ou « après, il faut bien que je dise cela, pour qu’on comprenne ceci, puis on passera à la suite ». Ce serait sans doute trop demander que narrativement, il se passe quelque chose, quand fictionnellement ça n’a pas été jugé nécessaire.

Après, ne connaissant pas l’auteur, je viens de passer sur Wikipedia : il paraît qu’il « emprunte son style littéraire à l’écrivaine Marguerite Duras », ce qui n’a aucun sens et même l’imitation ne m’a pas sauté aux yeux. Je remarque aussi qu’il a publié 21 romans en 18 ans, ce qui explique sans doute qu’il ne puisse pas les faire trop compliqués. (Mais là, c’est la jalousie qui parle.)

LECTURE : LES FILS CONDUCTEURS, GUILLAUME POIX, VERTICALES, 2017.

Théâtre ou roman ? Un sens certain de la mise en scène, l’action est habilement amenée, avec des angles d’approche indirects : contexte, situation, éveil de l’intérêt, la temporalité est située en passant, un personnage apparaît, on progresse facilement d’étape en étape vers la construction de l’intrigue. La langue est vive, précise, mais sans personnalité, dans le sens où elle emprunte à divers registres ou sociolectes, mais ne noue pas de lien spécifique avec le réel, n’a pas de forme propre qui permette d’approcher le monde de façon nouvelle ou originale.

On peut aimer, cependant : c’est rapide et intelligent, adroitement conçu, et le sujet a l’air intéressant (j’écris ceci à partir des premières pages, car néanmoins je n’ai pas eu envie de continuer). On peut trouver aussi que ça manque de finesse et de substance, en termes d’écriture poétique mais aussi de fiction : les personnages ainsi conçus, n’ayant pas la chair de comédiens pour s’incarner, manquent de texture psychologique, de capacité à entrer en relation avec le lecteur (ou vice-versa).

On ne s’attache pas à eux, on ne s’imprègne pas de l’univers fictionnel : on peut observer en spectateur et l’action  dramatique et la construction du récit, mais un lecteur  (heureux) est plutôt acteur du texte littéraire, celui qui en actualisant un langage imaginant fait de son for intérieur et la scène et la matière de tout ce qui a lieu dans l’œuvre. Autrement dit, le lecteur est, dans le moment de sa lecture, chaque mot et chaque personnage, le lecteur ressent intérieurement toutes les évocations du texte (toutes celles qu’il actualise, en admettant qu’il n’existe pas de lecture totale ; mais celles qu’il n’actualise pas n’existent pas pour lui, ce qui n’est pas la même chose que d’exister extérieurement).

J’ai donc vraiment l’impression d’un roman de dramaturge, un peu raté en tant que roman, sachant qu’ayant pour ma part commencé par la poésie, j’aime peut-être davantage les romans de poètes, dont rien ne dit qu’ils soient dans l’absolu plus réussis (on peut s’ennuyer en lisant Julien Gracq).

PARUTION DE « MA VIE PARFAITE »

Disponible sur Amazon en éditions papier et Kindle.
Vous pouvez lire le début du roman en ligne, gratuitement et sans liseuse, en suivant ce lien.

Ce roman, qui n’est pas autobiographique, est narré par Donna : Sur son lit d’hôpital psychiatrique, elle ressasse le drame qui a frappé sa famille. Tout commence quelques mois plus tôt, lorsqu’un coup de téléphone matinal bouleverse son mari, Brad, qui lui révèle alors un macabre secret enfoui dans son passé. Adolescents, lui et son frère Bubba ont tué une jeune fille par accident, en jouant avec le revolver de leur père. Personne ne les a jamais soupçonnés, mais atteint d’un cancer en phase terminale, Bubba souhaite à présent avouer leur crime. Alors que toute leur existence menace de s’effondrer, Donna va lutter pour l’avenir de sa famille, quel que soit le prix à payer. À mesure que progresse son récit des faits, elle entend démontrer à sa psychiatre qu’elle va mieux, et qu’il faudrait la laisser sortir et retrouver sa vie parfaite.

LE CHANT DE LA PLUIE de Sue Hubbard

Le jour baisse déjà lorsqu’ils franchissent un mur de pierres sèches pour se frayer un chemin en direction d’une petite baie. «Ferme les yeux, Martha, et attends que je te dise de les rouvrir.» Puis au détour d’un rivage, il dit : «Maintenant.» Devant eux, le ciel est en feu, rouge sang et or. Peu à peu il s’assombrit, devenant violet, puis noir, avant que la grande boule de feu ne tombe dans la mer.

C’est sur la côte ouest de l’Irlande, au sein d’une nature sauvage, âpre et magnifique à la fois, que Martha, qui vit et enseigne à Londres, est venue faire le point sur sa vie. Son mari, irlandais, brutalement décédé, possédait là-bas un cottage, dans son village natal, face à l’océan et aux inquiétantes îles Skellig. Il y allait souvent – seul? – et elle plus rarement.
Il y a la pluie, les embruns, les feux de tourbe, d’incroyables couchers de soleil, les pubs enfumés où tout le monde chante de vieilles balades. Et des rencontres, souvent inattendues…

Bibliothèque étrangère
Paru le 12/03/2020
288 pages – 140 x 205 mm
ISBN : 9782715250765

Fugue Mexicaine de Chloé Aridjis

fuguemexicaine

Pourquoi, Luisa? a demandé mon père. Une question comme un poing serré, une phrase comprimée en une apostrophe et reprenant sa forme comme sous l’effet d’un ressort. Les plongeurs de Symi cherchaient des éponges et sont remontés à la surface avec des statues de bronze et de marbre venues d’une autre époque. Compression et décompression de l’air dans les poumons, une histoire décompressée dans une épave…

Oui, pourquoi Luisa, dix-sept ans, a-t-elle fugué du domicile de ses parents à Mexico, avec un garçon qu’elle connaît à peine, sous le vague prétexte de retrouver douze nains ukrainiens évadés d’un cirque? Sa petite fugue à travers le Mexique la conduit jusqu’à la plage de Zipolite sur la côte pacifique, fréquentée par des jeunes venus du monde entier, qui y vivent dans une sorte de bulle. Alors, pourquoi?

À nous de chercher des réponses – peut-être sont-elles cachées, tels des monstres marins au fond des océans, dans les images et la langue poétiques d’une si prometteuse romancière.

Les étonnantes aventures d’Aaron Broom

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Présentation de l’éditeur

Assis dans notre vieille Ford, j’ai regardé mon père traverser la rue jusqu’à la porte de la bijouterie où il a sonné et attendu qu’on lui ouvre. Au même moment, un homme coiffé d’une vieille visière de tennis rabattue sur les yeux s’est glissé derrière lui dans le magasin. J’ai tout de suite senti que quelque chose clochait…
Il y a eu le boum, boum de coups de pistolet, la grande vitrine a explosé en mille morceaux et le type à visière est ressorti, un sac dans une main, un pistolet dans l’autre. Puis il a disparu dans la foule.

Mais le bijoutier a été tué et le père d’Aaron, venu vendre des montres, s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et va être accusé de ce crime. Que faire quand on a douze ans, pas un dollar en poche, une maman à l’hôpital, et qu’on décide de sauver son papa?
D’abord, chercher des secours auprès d’une bande de copains et copines hauts en couleur : un marchand de journaux qui voit tout ce qui se passe dans la rue, un boxeur à la retraite, Ella, fauchée elle aussi, mais à l’imagination fertile, et un célèbre avocat choisi au hasard dans l’annuaire.
On est à Saint-Louis, Missouri, en 1929, en pleine Dépression. Comment vont alors se dérouler Les étonnantes aventures d’Aaron Broom?